Au lendemain de ce mois mouvementé, j'ai une envie fugace de dresser un bilan.
Je ne me suis pas ménagé, ni de travail ni d'émotions - et ces dernières ont eu raison de moi. Le début d'un parcours, un mois de travail aux enjeux et aux aboutissants éreintants, et cette angoisse, toujours palpable, qui se terre dans les lignes de mon article - j'en parlerai probablement un jour. J'ai perdu pied à de multiples reprises, et je sens le fil de ma vie distendu sous mon pas incertain. Je suis un imprudent funambule qui, dans son orgueil qu'à dompter la montage, s'en est laissé à oublier les plus sécuritaires et élémentaires principes de son art.
Fort heureusement, mon entourage s'est fait soutenant. Il s'est réduit au fil des années mais reste présent et attentif, tendant toujours une inlassable oreille à mes complaintes. Le point d'espoir et de bonheur que j'en tire toutefois, c'est qu'au-delà de cette logorrhée, j'ai su poser les actes pour transformer la plainte en quelque chose d'autre : une création par ici, un protocole par là, une action par ailleurs. Et j'en tire des accomplissements pouvant tenir lieu de bases solides : un système de jeu de rôle formalisé, une fiche de personnage créée, et un chapitre de roman écrit.
Sauf que rien n'est rose, tout est noir. Le monde autour de moi me terrifie. La vérité voit ses derniers jours sous mes yeux, et l'inaction se cristallise dans une passivité criminelle à la montée des idéologies dans les esprits, qui s'en seraient offusqués il y a quelques années encore. On défend des êtres aux moralités abjectes, on s'indigne à l'idée d'une société plus inclusive et progressiste, alors que c'est l'inverse qui devrait être pointé. On dit que tout ce qui a besoin de d'exprimer ses émotions est fragile, mais n'est-ce point vous qui n'êtes pas capables de remettre votre monde en question qui faites preuve d'une extrême fragilité ? Vous avez peur. Vous avez peur de ce que vous ne connaissez pas, et plutôt qu'avoir la main tendue, vous broyez. Je vous hais. Gardez votre idéome infamant - celui qui gangrène vos esprits à tel point que vous ne le remettez plus en question, et applaudissez en cœur la montée des fascismes.
Que faire alors ? Ne rien faire, c'est répandre l'idéome. S'y opposer, c'est se faire des ennemis. Il nous faut nous battre pour la liberté des esprits, contre la post-vérité, les arguments fallacieux et la manipulation. Ne pas agir lorsqu'on le voit, c'est se soumettre ; refuser de remettre en question, c'est accepter leur haine, leur intolérance, leur domination. J'ai relayé, informé, prévenu : autant de choses qui, à part chez les convaincus, n'ont rien suscité - et même chez ses derniers, une lassitude s'est installée. Mais, à ma manière, je continuerai. Mon jeu de rôle fait la part belle aux émotions. J'essaie de faire entendre d'autres voix par mon podcast. Je tente d'infuser une bienveillance chaleureuse à mes interactions.
Tout au fil de ce mois, j'ai créé. En parallèle de ce travail qui me broie, ruminant acerbe aux idées noires. J'ai tant à réfléchir et à penser que j'ai incorporé cet étrange malaise, logé entre mes poumons, qui me coupe le souffle rien qu'à penser à l'immensité de la tâche à venir. Je segmente, je rationalise, mais rien n'y fait. L'épuisement est profond, tranchant, sec, maladif, désespérant. Me concentrer sur une pensée est un effort sans nom, auquel je continue de m'adonner pour éviter à mon esprit la décrépitude d'un monde sans fantaisie. Mais je suis usé, usé par mes propres démons qui me ruinent et contre lesquels je peine à trouver de l'aide. Ce qui me laisse, exsangue, avec une unique question que mes lèvres tremblent de peur à l'idée que de poser.
Peut-on ré-exister après avoir cessé de le souhaiter ?