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L'automatisme

13 mars 2025 par
Siegfried Dubois
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Je viens de remarquer une chose.


Lorsque je poste quelque chose, que ce soit une création ou un projet, je ne m'attends plus à être lu ou à ce que l'on me réponde. Je me suis habitué au silence. Il me blesse, me fait du mal et me pousse à la dépréciation, mais j'attends sa compagnie à chacun de mes partages.


L'habitude d'écrire dans le silence, et d'exhorter dans le vide, m'a totalement dévoré. J'ai poussé une course en avant pour inciter à travailler, espérant les collaborations. Même, je me suis plusieurs fois proposé, à titre gracieux, d'aider sur des travaux d'autres, ne demandant même pas à être crédité. Toutes ces collaborations sont restées au point mort. Comme si tout ce que je touchais finissait irrémédiablement par se faner. Quelques mois auparavant, je m'en étais indigné ; et par des mots peu mesurés bien qu'intériorisant toute ma frustration, j'avais épanché au vu et su de tous mes ressentis quant à l'apathie créative ambiante :


"Petit message d'humeur que je me permets de faire. Je l'ai déjà exprimé à certain·e·s d'entre vous mais j'ai la sensation de me débattre dans le vide assez souvent, car j'ai l'espoir, probablement illusoire, de vous voir créer aussi. J'essaie d'offrir de nombreux moyens de participer, qui ne sont pas forcément saisis. Je comprends que une bonne partie soient ici juste à regarder de temps à autres ce qu'il s'y passe - ou à ne pas regarder du tout. Pour moi, la création se doit d'être collaborative, sinon elle n'a pas de sens, ce qui m'amène à des impasses qui me mettent à mal. Plus j'avance, plus j'ai la sensation qu'elle est remplacée par un rouleau-compresseur de consommation, A terme, et avec tous les projets qui s'arrêtent faute d'investissement, je m'épuise et je doute. Donc voilà, un beau message sans espoir ni conclusion : juste l'aveu d'un échec retentissant qui me hante depuis des années."


Depuis, je n'ai jamais cessé de me questionner. Suis-je le problème, à vouloir voir le mouvement autour de moi ? Suis-je illusoire, manipulateur ou problématique en tentant de cristalliser des activités en résonance avec mes travaux ? Peut-être que tout le monde a changé, sauf moi. Et qu'en conséquence, je n'intéresse plus. Peut-être ai-je toujours été toxique, et seulement maintenant les personnes osent prendre leurs distances. Quand je questionne, les réponses sont évasives, incertaines ; pourtant, les distances sont bien là. Est-ce par les thèmes que j'aborde, ou la déconnexion au réel qui me débranche de l'humain ? Mes appels à l'aide, qui deviennent épuisants ? Qu'est-ce qui, en moi, dérange à ce point ?


Il en est qui restent ; rares et précieuses sont ces connexions, lien avec la vie du milieu d'un vide hurlant. Alors, je chéris d'autant plus chacun·e qui prend le temps et le soin de répondre, d'afficher son soutien ou de créer. Vous êtes des étoiles dans ce ciel qui s'assombrit jour après jour, où les lumières s'éteignent dans l'indifférence générale. Je vous aime. Et je pleure les lueurs disparues.

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